Capital naturel et biodiversité à l’ère numérique: vers une intelligence écologique pour le XXIe siècle

Introduction

La crise contemporaine du capital naturel exige de nouvelles formes de compréhension, de gestion et d’action collective. Dans cet article, le capital naturel est défini comme l’ensemble des composantes biotiques et abiotiques qui soutiennent la vie et les processus écologiques, tandis que la biodiversité désigne plus précisément la variété des gènes, des espèces, des communautés et des écosystèmes qui le composent. Bien que ces deux notions soient étroitement liées, elles ne sont pas équivalentes : la biodiversité constitue une dimension fondamentale du capital naturel et possède, outre ses fonctions écologiques et sociales, une valeur intrinsèque qui ne dépend pas exclusivement de son utilité économique.

Dans ce cadre, l’expression infrastructure vivante désigne l’ensemble des systèmes écologiques qui soutiennent des processus territoriaux tels que la régulation de l’eau, la formation des sols, la pollinisation, la connectivité écologique, l’approvisionnement alimentaire, la stabilité climatique et la reproduction culturelle des communautés. Cette infrastructure ne se manifeste pas de manière uniforme. Le biote présente des formes, des densités, des relations et des vulnérabilités différentes dans les forêts tropicales humides, les forêts sèches, les páramos, les zones humides, les littoraux, les milieux marins, les savanes, les déserts et les systèmes urbains. Toute stratégie numérique doit donc reconnaître l’expression différenciée de la vie selon les grands contextes écologiques de la planète et éviter d’appliquer une même grille, un même indicateur ou un même modèle comme si tous les territoires étaient comparables.

L’étude de la nature utilise des technologies depuis plusieurs décennies. La cartographie, la photographie aérienne, la télédétection, les bases de données, les systèmes d’information géographique, la télémétrie et la modélisation écologique font partie de la pratique scientifique contemporaine. La nouveauté de l’ère numérique ne réside donc pas dans la numérisation de ce qui était auparavant entièrement analogique, mais dans l’automatisation de la collecte, de la classification, de l’intégration et de l’interprétation de grandes quantités d’informations. L’intelligence artificielle, les capteurs à distance, l’ADN environnemental, la bioacoustique automatisée, les jumeaux numériques et les plateformes de rapport élargissent les échelles spatiales et temporelles de l’observation, mais introduisent également de nouveaux biais, de nouvelles dépendances technologiques et des difficultés d’interprétation.

Un paradoxe déterminant apparaît en Amérique latine : la région possède une richesse biologique extraordinaire, mais une grande partie de ses informations demeure dispersée, non numérisée, affectée par des lacunes taxonomiques, une faible interopérabilité et un accès inégal. Ces écarts se manifestent entre les zones urbaines et rurales, entre les institutions disposant de capacités financières différentes, entre les écosystèmes intensément surveillés et les territoires éloignés, ainsi qu’entre les langues dominantes et les savoirs locaux qui ne trouvent pas toujours leur place dans les plateformes numériques. La démocratisation de l’information biotique exige donc de la connectivité, des infrastructures publiques, une formation spécialisée, des normes communes, la reconnaissance des auteurs et des mécanismes de protection des données sensibles (Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes [CEPALC], 2024).

Ces tensions soulèvent des questions incontournables : qui contrôle les données relatives au capital naturel ? Qui décide de ce qui doit être mesuré et à quelle échelle ? Comment empêcher que la nature soit réduite à des indicateurs financiers ? Les limites biogéographiques, humaines et écologiques sont-elles respectées lorsque la vie est représentée au moyen de grilles numériques ? Que devient la notion d’unité minimale cartographiable lorsque les algorithmes agrègent ou simplifient des territoires hétérogènes ? Quelle place est accordée aux communautés locales, aux peuples autochtones et aux savoirs territoriaux ? Ces questions ne remettent pas en cause l’utilisation de la technologie elle-même ; elles contestent plutôt l’idée selon laquelle l’automatisation équivaudrait nécessairement à la compréhension.

De la caractérisation territoriale à une intelligence écologique assistée

La conservation de la biodiversité s’est historiquement appuyée sur les inventaires biologiques, les collections scientifiques, les aires protégées, la restauration écologique, le suivi des populations et la réglementation environnementale. Ces stratégies restent indispensables. Avant d’automatiser, il est nécessaire de connaître le territoire : le parcourir, le décrire, identifier les espèces, enregistrer les interactions, comprendre les cycles écologiques et confronter les données à l’expérience de ceux qui l’habitent. Aucun algorithme ne peut remplacer le travail de terrain, la validation taxonomique ou l’interprétation située du chercheur.

La modernisation scientifique exige des méthodes statistiques explicites, une traçabilité et des décisions fondées sur des données probantes. Cette exigence ne doit cependant pas se faire au détriment de la caractérisation de base. Les modèles dépendent des données sources, et les données dépendent d’observations réalisées dans des conditions précises. Lorsque les échantillons sont rares, géographiquement biaisés ou issus de catégories mal définies, l’automatisation ne supprime pas le problème : elle l’amplifie et lui confère une apparence de précision.

Dans ce contexte, l’intelligence écologique numérique ne doit pas être comprise comme une qualité autonome des machines, mais comme une capacité humaine, scientifique et institutionnelle soutenue par des outils informatiques. Les systèmes généralement qualifiés d’intelligence artificielle sont entraînés à reconnaître des régularités, classer des enregistrements ou estimer des probabilités. Ils peuvent imiter certaines opérations cognitives, mais ils ne possèdent pas la compréhension biologique, historique, éthique et territoriale qui oriente la recherche écologique. Leur fonction doit être d’assister, et non de remplacer.

Ces outils peuvent contribuer à l’identification des espèces, à l’analyse d’images et de sons, à la détection des changements dans l’occupation des sols, à la modélisation de la répartition des espèces et à la production d’alertes précoces. Leurs résultats doivent toutefois être soumis à une validation sur le terrain, à une analyse de l’incertitude, à une évaluation des biais et à un examen de leur transférabilité entre les régions. Un modèle entraîné dans une forêt humide, à partir d’une collection urbaine ou d’un ensemble d’espèces bien documentées ne peut pas être automatiquement extrapolé à d’autres contextes. L’intelligence écologique résulte de l’articulation entre les données, les connaissances naturalistes, les méthodes quantitatives, l’expérience territoriale et la délibération publique (Cañas et al., 2025).

Le capital naturel comme système d’information, et non comme marchandise

À l’ère numérique, les signaux des écosystèmes peuvent être transformés en données : images, sons, séquences génétiques, relevés de présence, variables climatiques, propriétés des sols, flux hydriques et changements de la végétation. Les capteurs, les satellites, les drones, les pièges photographiques, l’ADN environnemental et les plateformes géospatiales permettent de construire des couches d’information autrefois difficiles à intégrer. Les données ne sont cependant pas la nature ; elles en sont des représentations partielles, produites à partir de décisions relatives à l’échelle, à l’échantillonnage, à la résolution, aux catégories et aux méthodes de validation.

Cette distinction est importante, car le capital naturel ne peut être réduit à un ensemble d’actifs, de risques ou d’opportunités. La vie possède des valeurs intrinsèques, relationnelles, culturelles et écologiques qui ne sont ni ordinales ni entièrement interchangeables. Une espèce endémique, une zone humide sacrée, un corridor biologique ou une relation écologique ne peuvent être automatiquement remplacés par des mécanismes de compensation comptable. La reconnaissance des impacts et des dépendances des entreprises peut être utile, mais elle ne doit pas écarter le droit des écosystèmes à perdurer ni les obligations collectives de protection (Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services [IPBES], 2022).

L’approche LEAP élaborée par la Taskforce on Nature-related Financial Disclosures peut aider les organisations à localiser, évaluer, analyser et préparer des réponses aux enjeux liés à la nature. Son application exige toutefois une consultation significative, une participation précoce et une gouvernance des données. L’appliquer dans des territoires autochtones ou communautaires sans consentement, sans accord sur la propriété et l’utilisation de l’information ou sans mécanisme de partage des avantages peut transformer la surveillance en une forme d’extractivisme des données. Les orientations de la TNFD reconnaissent elles-mêmes que la participation des peuples autochtones, des communautés locales et des parties prenantes concernées doit être intégrée à l’ensemble du processus d’évaluation, et non limitée à une validation ultérieure (Taskforce on Nature-related Financial Disclosures [TNFD], 2023a, 2023b).

Des technologies anticipatrices soumises à des limites écologiques et à des normes communes

L’une des principales possibilités offertes par l’automatisation réside dans le renforcement d’une gestion anticipatrice. Au lieu d’intervenir uniquement après la survenue des dommages, les outils numériques peuvent détecter des signes précoces de déforestation, de fragmentation, de disparition d’espèces, d’altération hydrologique, d’incendies, de pollution ou de changements phénologiques. Ces capacités peuvent soutenir les gouvernements, les universités, les communautés et les organisations, à condition que les systèmes d’alerte précoce soient liés à des décisions, à des ressources et à des responsabilités concrètes.

L’utilité de ces outils dépend de la qualité, de la représentativité et de la comparabilité des données. L’Amérique latine reste encore loin d’une interopérabilité complète : des documents non numérisés subsistent, les normes sont appliquées de manière inégale, les métadonnées sont incomplètes, les lacunes géographiques et taxonomiques demeurent, et l’intégration d’informations provenant de différents pays, institutions et écosystèmes reste difficile. Les plateformes mondiales ont contribué à mobiliser les données, mais elles ne corrigent pas à elles seules les biais des sources et ne garantissent pas la validation nomenclaturale et écologique (Global Biodiversity Information Facility [GBIF], 2020 ; Bloom et al., 2021).

L’agenda régional devrait progresser vers des protocoles d’échantillonnage comparables, des vocabulaires contrôlés, des identifiants persistants, des métadonnées complètes, des collections de référence, une validation taxonomique, l’interopérabilité des systèmes et un accès multilingue. La démocratisation ne signifie pas une publication sans restriction. La localisation de certaines espèces menacées, les savoirs traditionnels ou les données génétiques exigent des niveaux d’accès différenciés. L’ouverture doit être associée à la protection, à l’attribution, au consentement et à la responsabilité.

Une nature positive : un horizon politique, et non une garantie technologique

Le concept de nature positive propose d’enrayer et d’inverser la perte de biodiversité, de restaurer les écosystèmes et de réorganiser les activités économiques afin qu’elles ne détruisent pas les fondements écologiques dont elles dépendent. En tant qu’horizon politique, il peut mobiliser des actions pertinentes, mais il devient problématique lorsqu’il est présenté de manière déterministe, comme si la technologie pouvait inverser unilatéralement des processus complexes ou restaurer n’importe quel système dégradé.

Les écosystèmes répondent à des seuils, à des dépendances historiques, à des interactions non linéaires et à des périodes de récupération qui ne correspondent pas nécessairement aux cycles de l’investissement ou des politiques publiques. Certaines pertes sont irréversibles ; d’autres nécessitent plusieurs décennies et ne peuvent être compensées par une augmentation équivalente ailleurs. La notion de nature positive ne prend donc un sens opérationnel que lorsqu’elle est associée à des inventaires, à des situations de référence, à des zones témoins, à des limites écologiques, à un suivi continu, à une vérification sur le terrain, à la participation communautaire et à une gestion adaptative.

Le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal a établi quatre objectifs pour 2050 et 23 cibles d’action pour 2030, accompagnés d’un cadre de suivi destiné à orienter sa mise en œuvre. Sa portée ne doit pas être interprétée comme une autorisation de simplifier la nature en un tableau de bord d’indicateurs, mais comme une invitation à renforcer les capacités scientifiques, institutionnelles et sociales nécessaires à la conservation, à la restauration et à l’utilisation durable de la biodiversité (Convention on Biological Diversity [CBD], 2022). La mesure est nécessaire, mais elle ne peut remplacer la délibération sur ce qui doit être protégé, pour qui et dans quelles limites.

L’empreinte matérielle et biogéographique du numérique

Tout ce qui est numérique n’est pas nécessairement durable sur le plan écologique. Les infrastructures technologiques consomment de l’énergie, de l’eau, des minéraux, des terres et des matériaux ; elles produisent des déchets électroniques et nécessitent des réseaux de stockage et de traitement dont l’empreinte reste souvent invisible pour les utilisateurs. Même l’observation de la Terre génère des impacts liés aux satellites, aux centres de données, à la transmission, au stockage et au traitement informatique en nuage (Anderson et al., 2024). L’expansion du secteur technologique accroît également la dépendance à l’égard de l’énergie, de l’eau, des minéraux critiques et des infrastructures physiques, ce qui peut exercer des pressions supplémentaires sur les écosystèmes (World Economic Forum, 2025).

Ces empreintes ne sont pas équivalentes d’un territoire à l’autre. Un centre de données implanté dans une région soumise à un stress hydrique, caractérisée par une forte sensibilité écologique ou dépendante d’un bouquet énergétique à forte intensité carbone ne produit pas les mêmes effets qu’une installation située dans un autre contexte. Les politiques industrielles traitent souvent la consommation d’eau ou d’énergie comme une valeur agrégée et négligent la biogéographie élémentaire : disponibilité saisonnière, connectivité hydrologique, espèces endémiques, vulnérabilité des aquifères et usages culturels du territoire.

La même contradiction apparaît dans les minéraux critiques qui alimentent les dispositifs, les batteries et les réseaux. L’extraction du coltan et d’autres minerais dans les zones frontalières de l’Amazonie, ainsi que l’exploitation du lithium dans les salars des hauts plateaux andins, peuvent dégrader des écosystèmes fragiles, affecter les sources d’eau et intensifier les conflits avec les communautés locales. La précision géographique est essentielle : il ne s’agit pas d’affirmer que tous ces minerais sont extraits dans les mêmes environnements, mais de reconnaître que les infrastructures numériques relient des territoires éloignés par l’intermédiaire de chaînes matérielles dont les coûts écologiques restent dissimulés.

Les études menées dans les zones humides et les salars de haute altitude montrent en outre que chaque bassin possède des caractéristiques hydrogéologiques et écologiques particulières et qu’il ne peut être directement comparé à d’autres territoires ou projets. L’extraction du lithium peut modifier les bilans hydriques, altérer les relations entre les eaux de surface et les eaux souterraines et accroître les pressions exercées sur des écosystèmes dépendant de conditions environnementales très spécifiques (García-Sanz et al., 2021 ; Vera et al., 2023).

Gouvernance, Protocole de Nagoya et souveraineté des données

La numérisation peut transformer les informations génétiques, les relevés d’espèces, les cartes écologiques et les savoirs traditionnels en actifs susceptibles de circuler. Ce processus soulève des questions relatives à l’appropriation, à la validation, à la propriété intellectuelle et au partage des avantages. Les données relatives au capital naturel peuvent-elles être commercialisées sans validation taxonomique ? Qui autorise leur utilisation lorsqu’elles proviennent de territoires administrés collectivement ? Comment reconnaître les contributions des chercheurs locaux, des communautés et des responsables de collections ?

Le Protocole de Nagoya fournit un cadre pour l’accès aux ressources génétiques, le consentement préalable donné en connaissance de cause, les conditions convenues d’un commun accord et le partage juste et équitable des avantages découlant de leur utilisation. Sa mise en œuvre est essentielle pour empêcher que la numérisation ne reproduise des formes extractives de bioprospection. La circulation des séquences, des modèles et des bases de données crée toutefois des difficultés supplémentaires qui nécessitent des réglementations nationales, des accords communautaires et des mécanismes de traçabilité adaptés à l’environnement numérique (Convention on Biological Diversity, 2011).

La souveraineté des données environnementales ne peut se limiter au stockage des informations sur des serveurs nationaux. Elle exige la capacité de produire, d’interpréter, de valider et de protéger les données, ainsi que de décider de leurs utilisations. Sans inventaires biologiques, collections scientifiques, taxonomistes, écologues de terrain, infrastructures publiques, connectivité territoriale et communautés disposant d’un pouvoir de décision, la souveraineté numérique devient une aspiration vide. Connaître le territoire constitue une condition préalable à sa conservation ; numériser sans connaître peut renforcer les mêmes asymétries que la numérisation prétend dépasser.

Amérique latine et Colombie : de l’abondance biologique à l’autonomie scientifique

L’Amérique latine occupe une place centrale dans ce débat en raison de la diversité de ses forêts tropicales humides, de ses forêts sèches, de ses páramos, de ses savanes, de ses zones humides, de ses littoraux, de ses milieux marins et de ses systèmes de haute montagne, ainsi que de la pluralité culturelle de ses territoires. Cette richesse coexiste avec la déforestation, l’exploitation minière, l’expansion urbaine, la fragmentation, les conflits liés à l’eau et de profondes inégalités scientifiques et technologiques. La région ne souffre pas d’un manque de vie, mais plutôt d’un manque relatif d’informations interopérables, de capacités réparties sur les territoires et de contrôle public sur les infrastructures qui transforment la vie en données.

La Colombie a la possibilité de construire un programme d’intelligence écologique ancré dans son territoire. Un tel programme devrait commencer par renforcer les inventaires, les collections, le suivi de terrain et la formation taxonomique ; articuler les universités, les instituts de recherche, les communautés, l’État et les entreprises ; développer des infrastructures publiques pour les données biologiques ; adopter des normes interopérables ; protéger les savoirs traditionnels ; et promouvoir des modèles informatiques validés dans les écosystèmes du pays.

L’objectif ne doit pas être de transformer la biodiversité en une nouvelle matière première numérique, mais d’accroître l’autonomie nécessaire pour comprendre, protéger et gouverner le territoire. La région peut passer du statut de fournisseur de ressources et de données à celui de producteur de ses propres connaissances, technologies et décisions, à condition que l’innovation demeure subordonnée aux limites écologiques, aux droits collectifs et aux responsabilités publiques. L’ordre des étapes est important : d’abord le territoire, l’inventaire et la compréhension ; ensuite l’automatisation.

Conclusion

L’ère numérique transforme la manière dont le capital naturel est observé et géré, mais elle ne modifie pas une vérité fondamentale : la vie n’est pas une base de données et les écosystèmes ne sont pas des dispositifs que l’on peut simplement redémarrer. Les technologies peuvent élargir les capacités d’observation, accélérer les analyses et soutenir les systèmes d’alerte précoce ; elles ne peuvent remplacer le travail de terrain, la validation scientifique, l’expérience territoriale ou la délibération éthique.

Une intelligence écologique numérique responsable doit reconnaître l’hétérogénéité biogéographique, la valeur intrinsèque de la nature, les limites de l’automatisation, la nécessité de normes communes, la participation des communautés et l’empreinte matérielle des infrastructures technologiques elles-mêmes. Elle doit également empêcher que les informations biologiques soient extraites, commercialisées ou traitées sans consentement, sans traçabilité et sans partage équitable des avantages.

Le principal danger du réductionnisme numérique consiste à imaginer la nature comme un simple « Ctrl + Z » : un système dans lequel tout dommage pourrait être annulé grâce aux données, à la restauration automatisée ou à la compensation. Cette illusion technocratique ignore l’irréversibilité, les seuils écologiques et la singularité de chaque territoire. La tâche du XXIe siècle ne consiste pas à numériser la biodiversité jusqu’à la rendre abstraite, mais à gouverner la technologie à partir de la vie, du territoire et de leurs limites écologiques.

Références

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